CôtÉ ENVIRONNEMENT

 

Cette rubrique contient des articles sur certains aspects environnementaux liés directement ou indirectement à la Dune du Pilat. Ces articles sont rédigés par Catherine Bogs.

 

Catherine est géoécologue et adore partager sa passion pour les plantes, au travers de laquelle elle sensibilise à différentes problématiques socio-écologique et donne des astuces pour chacun qui souhaite agir à son échelle.

 

 

 

www.catherinebogs.com/fr

 

 

 


Le Sénéçon du Cap :

portrait d‘une espèce invasive

 

Janvier 2020

 

 

 

Ces derniers temps bien pluvieux nous offrent par-ci, par-là, de rares journées de beau temps, durant lesquelles on peut profiter d‘une promenade sur la Dune. Le vent modèle le sable en formes à en couper le souffle. Les plantes, au contraire, font leur sieste hivernale. Sauf une, qui fleurit comme à la belle saison.

 

 

 

 

Le jaune de ses fleurs de 2 cm de diamètre rappelle le pissenlit. Et la forme, la pâquerette (avec bien moins de pétales cependant). Effectivement, Senecio inaequidens fait partie de la même famille des Astéracées que ces deux-là. Avec ses feuilles linéaires, finement dentées, cette espèce peut atteindre une hauteur de 1 m environ.

 

 

 

Son nom vernaculaire est Sénéçon du Cap. Le "Cap" réfère à la capitale Sud africaine. Il se trouve que cette plante y est originaire.

 

 

 

Alors, comment une plante d‘Afrique du Sud se retrouve-t-elle à 9 000 km de là, sur la plage de la Dune du Pilat ?

 

 

 

Pour comprendre cette odyssée, faisons un peu d‘histoire.

 

 

 

Le Sénéçon du Cap fut aperçu pour la première fois en Belgique à la fin du XIXème siècle. Ce n‘est cependant que dans les années 1930 que cette plante commence réellement son expansion en France. Pourquoi ? L‘industrie textile se développe alors en Europe, et de la laine est importée en provenance, entre autres, d‘Afrique du Sud. Or, les graines de Senecio inaequidens y étaient accrochées. C‘est ainsi que la plante s‘est acclimatée simultanément notamment dans les alentours de Calais et de Mazamet, où l‘industrie lainière était développée.

 

 

 

C‘est à partir de là que le Sénéçon du Cap se naturalisa. Cela signifie qu‘il est maintenant capable de vivre durablement en dehors de sa région d‘origine. On le retrouve actuellement dans de nombreux habitats comme au bord des voies rapides, dans des gravières ou encore sur des berges aquatiques. Il est aussi beaucoup présent dans des vignobles méditérannéens, où il peut être gênant. Tout comme dans des pâturages, puisqu‘il est toxique pour le bétail (tout comme il l‘est pour l‘Homme également).

 

 

 

Aujourd‘hui, Senecio inaequidens est une espèce invasive. Il a l‘avantage de fleurir tout au long de l‘année et de produire jusqu‘à 30 000 graines par an qui sont facilement dispersable par le vent (similaire au pissenlit).

 

 

 

Les espèces invasives exercent une certaine pression sur la végétation indigène et peuvent avoir pour conséquence la diminution de la biodiversité locale. Ainsi, il y a déjà eu des campagnes d‘arrachage du Sénéçon du Cap à la Dune du Pilat.

 

 

 

Mais si les espèces invasives, introduites accidentellement ou non, peuvent représenter un danger pour la biodiversité, saviez-vous que dans le monde tout comme en France, la première cause de l‘érosion de la biodiversité est la monoculture et l‘agriculture intensive ?

 

Catherine Bogs

 

 


L‘automne : saison des arbousiers à la Dune du Pilat


Décembre 2019

 

A la Dune du Pilat, la saison des feuilles mortes et des champignons est aussi celle des arbousiers (Arbutus unedo).

 

Cet arbuste de la famille des Ericaceae est cousin du rhododendron, de la bruyère, des airelles ou encore des myrtilles. En observant les fleurs on peut s‘apercevoir de la ressemblance des petites clochettes.

 

Les feuilles ovales à bordures dentées sont persistantes. Les arbousiers formant l‘essentiel des sous-bois de la forêt des abords de la Dune du Pilat, il y reste donc du vert autre que les aiguilles des pins tout au long de l‘année.

 

Les arbouses ont un coeur jaune fondant avec la peau rouge et rugueuse.

 

Comestibles, elles sont légèrement sucrés. De l‘extérieur, les fruits ressemblent un peu à une fraise sphérique. C‘est ce qui vaut à l‘arbousier aussi le nom „d‘arbre à fraises“.

 

Bien que le goût des arbouses soit bien différent de celui des fraises, il est tout aussi possible d‘en faire de la confiture. Ces fruits ne sont cependant pas toujours appréciés, ce qui a valut le nom latin à la plante unedo qui vient de „unum edo“ signifiant „je n‘en mange qu‘une seule“...

 

Les arbousiers ont la particularité de fleurir en même temps que les fruits mûrissent à point. Mais qui a déjà vu des pommiers ou pruniers en fleurs portant des fruits mûrs ? Cela reste extrêment rare, étant donné que cela ne correspond pas à la biologie de ces derniers : au printemps il y a les fleurs ; en été ou automne, les fruits.

 

En revanche, les citroniers ou les cacaotiers produisent fleurs et fruits tout au long de l‘année. Il y apparaissent donc régulièrement fleurs et fruits mûrs au même moment. Ceci est typique des plantes tropicales et subtropicales.

 

Les arbouses mettent un an pour mûrir. C‘est ainsi qu‘en automne, on peut s‘émerveiller en même temps devant les fleurs blanches en clochette et les fruits mûrs de cette plante. Cette particularité de l‘arbousier donne ainsi à cette saison une touche d‘exotisme à cette merveille de la nature qu‘est la Dune du Pilat.

 

 

Catherine Bogs